13 avr. 2009

Films that make people look at what they've forgotten

La Cinémathèque Québécoise est un lieu incontournable pour les amateurs de cinéma. Si vous êtes à la recherche du dernier blockbuster ou film à gros budget avec Vin Diesel à l'affiche, ce n'est pas exactement le coin que je vous suggère mais pour tous ceux qui cherchent à voir un film d'auteur, un documentaire ou revoir sur grand écran des films qui ne sont désormais disponibles qu'en VHS ou DVD, c’est le lieu idéal.


C'est dans cet esprit que je me suis rendue, mercredi dernier, le 8 avril 2009 à la Cinémathèque pour assister à la projection qui allait inaugurer la Rétrospective des Long Métrages de Spike Lee (du 8 au 26 avril). Accompagnée d'une bonne amie tout aussi africophile et radioactive que moi avec laquelle je partage toujours les bons plans, je suis donc allée voir Miracle à Sainte-Anna, dernier film de Spike Lee. Ce film fait l'objet, depuis quelques semaines, d'une controverse en France selon laquelle il aurait été censuré en France* poussant même un collectif d'acteurs à lancer une vidéo sur laquelle ils expriment leur indignation.

Dans ce dernier long métrage Spike Lee suit quatre soldats noirs issue de la 92ème division d'infanterie composée quasi exclusivement de soldat afro-américains qui se retrouvent piégés près d'un petit village toscan au cours de la campagne d'Italie de la Seconde Guerre mondiale. Au cours de leur recherche d’un abri, ils tombent sur un enfant italien, seul et bloqué sous des débris qu'ils prennent sous leur aile et protègent. L'histoire écrite par James McBride et basée sur le roman du même nom est inspirée massacre d'août 1944 à Sant'Anna di Stazzema perpétré par les SS Waffen. Rares sont les films de guerre dont les protagonistes sont noirs et dans ce registre Spike Lee fait fort avec un film où il parvient à ne diaboliser entièrement aucun groupe – pas même les SS – et où il explore les différentes teintes de gris avec des personnages qui ne sont jamais ni complètement noir ni complétement blancs. Bien que je ne sois ni une cinéphile aguerrie ni une grande amatrice du genre de guerre (peut être étaient-ce les nombreuses analogies possibles avec ce pan de notre histoire qu’est celui des Tirailleurs Sénégalais et le fait que l'histoire se déroule en Italie et que le film m’ait donc parlé en plus d’une langue...) je l’ai trouvé excellent malgré une fin en peu cousue de fil blanc mais nécessaire pour ne pas sortir de la salle obscure avec le cafard.

C’était la seconde fois que je le voyais. La première fois c’était au cinéma, lors de sa sortie en salle et la seconde fois c’était donc à la Cinémathèque. Ce second visionnement avait des avantages certains: j’ai pu remarquer cette fois-ci plusieurs détails visuels qui m’avaient échappé la première fois (notamment concernant La Collina dell’Uomo che Dorme) et, incroyable mais vrai, Spike Lee était de la partie.
Le réalisateur avait fait le déplacement pour inaugurer cette rétrospective et, bien que je ne sois pas vraiment du genre à me rouler par terre à la vue d’une célébrité, j’étais quand même très contente de poser les yeux sur l'homme.
Il a passé une heure à répondre aux questions de l’auditoire après le film et lorsqu’on lui a demandé quel était le budget de son film il nous a appris qu’il s’élevait à 41 millions de dollars (à titre de comparaison le X Men sorti en 2006 avait un budget de 150 millions de dollars). Lorsqu’un autre cinéphile lui a demandé s’il était devenu plus facile pour lui maintenant d’obtenir du financement il a dit ceci : It is NEVER easy. But you just have to be committed to what you do and do what you have to do to make it work"
Je mentionnais dans le post précédent la détermination, mais il s'agit également d'engagement total envers un projet. Spike Lee qui a plus de 20 films à son actif, qui est l’un des réalisateurs les plus connus de la planète continue de traverser des obstacles pour continuer de faire ce qu’il fait de mieux, réaliser des films qui poussent à la réflexion, et il y parvient avec détermination et engagement. Il dit « I think it is very important that films make people look at what they've forgotten» et avec Miracle à Ste-Anna, il y parvient également parfaitement. Car,en effet, pour les membres de la 92ème infanterie Buffalo Soldiers Division ou pour ceux qu’on appelle les Tirailleurs Sénégalais il est important de ne pas oublier, ne serait-ce que pour ne pas laisser l'histoire se répéter, en guerre ou en paix.


Pour plus d’infos sur les Buffalo Soldiers le film Inside Buffalo,du cinéaste italien Fred Kuwornu, raconte la vie de Buffalo soldiers qui ont servi en Italie. Contient des interviews avec les anciens combattants des entretiens avec les partisans italiens qui ont combattu avec eux, et des discours des présidents Barack Obama et Bill Clinton.

* Lors de sa session de Q&A suivant le film Spike Lee nous a appris que l'affaire était maintenant devant la justice...à suivre!

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